L’histoire de Valmanya
De l’exploitation du fer au tourisme vert.
Points touristiques & Patrimoine
Dans le village, visitez les ruines de l’ancien château ainsi que l’église paroissiale St Vincent qui date du XIIe siècle. L’église contient un intéressant retable du maître-autel daté de 1700, et d’autres consacrés à la Vierge (fin XIXe) et à la Passion (1760). Elle contient aussi de nombreuses statues, dont une Vierge du XVe siècle. La porte de l’édifice est armée de pentures du XIVe.


Valmanya – D’où vient son nom ?
- Dés l’âge du fer, la vallée de la LENTILLA ou NENTILLA, (ce nom provient des galets ronds en forme de lentilles qui forment le lit du torrent) petit torrent qui dévale les pentes du CANIGOU, a été habitée par des peuplades qui extrayaient le minerai de fer à « fleur de terre » et le traitaient dans des bas fourneaux creusés dans le sol.
- VALLMANYA, en latin la grande vallée, a pour origine l’élargissement de la vallée de la Lentilla au niveau de l’actuel hameau de LOS MASOS à 2 km en amont du village. Là ont dû se fixer les premiers habitants. On y trouve les vestiges d’une forge catalane détruite par les inondations au XVlI ème siècle.
- Dans un acte de 1011 VALLMANYA est qualifié de « ferrera » ferreuse. C’est donc la grande vallée du fer. Notons que VALLMANYA était encore accompagné de l’article au XVII ème siècle on disait LA VALLMANYA, mais bien souvent on trouve aussi l’orthographe VALMANYA qui est aujourd’hui en usage. L’orthographe « VELMANYA », en usage à partir de 1900 jusque en 1977 était dû à une erreur commise par le rédacteur du cadastre en 1832. Il a inscrit VELMANYA au lieu de VALMANYA sur le plan cadastral. De la même façon il a francisé la majorité des toponymes.
L’Etymologie de Valmanya.

L’histoire de Valmanya.

Le seigneur de « Vallmanya » – L’ abbe de Sant Miquel de Cuxa
- Dans son privilège de 950, le Pape AGAPET Il cite parmi les possessions de l’ABBAYE DE SANT MIQUEL DE CUXA (près de Prades) VALLMANYA avec son église.
- La paroisse de VALLMANYA, restera dans le domaine privé du Père Abbé de Sant Miquel de Cuxa jusqu’à la Révolution. Il avait le titre de Seigneur de Vallmanya. Les revenus qu’il tirait de l’exploitation du fer lui permettaient d’accorder des privilèges exceptionnels à la population. Il donnait en location par voie d’adjudication, pour une durée de trois à quatre ans, les revenus de la forge, des mines, de l’hôtellerie.
- Les archives départementales, conservent certains actes de location. Un état des rentes de l’Abbaye datant de la fin du XVIl ème mentionne que le Sieur Berjau devait verser le 24 juin 42 livres et 10 sols pour les revenus de VALLMANYA.
- L’Eglise paroissiale dédiée à Saint VINCENT, est essentiellement une construction du XIème siècle, remaniée au XVIII ème sous l’impulsion du Maître de forge NOELL . Lors de ces travaux, elle a perdu son abside romane remplacée par un chœur sur croisée d’ogives, trois chapelles latérales, et un clocher ont été ajoutés. Un retable baroque a été réalisé par l’artiste Paul SUNIER vers 1733.


Le fer de Valmanya –
- L’industrie du fer, extraction et transformation, a toujours constitué l’activité essentielle du village. La forge (établissement industriel de réduction du minerai), située toujours en bordure du torrent, était très souvent endommagée par les inondations. Au cours des siècles on la déplaça plusieurs fois. Des documents prouvent qu’elle a été successivement établie ; avant le XVII éme siècle, au hameau de Los Masos au lieu dit « Prat de la Fargaça » (farga en Catalan signifie forge), puis dans le village au lieu dit « Caraille » (sur l’emplacement de l’actuelle piscine), puis à l’entrée du village. Cette dernière forge qui a cessé de fonctionner au début du siècle a été détruite par les inondations d’octobre 1940. Il ne subsiste actuellement que le bassin de retenue d’eau.
- Le fer extrait de différentes mines, »LA PINOSA » , « LA BATERA » (commune de Corsavy, « LA RABACA » prés du village, ( pour cette mine les archives départementales conservent un acte de concession daté de 1611) la mine des « Cuxars » (actuellement MENER DE L »OR) prés du chalet des Cortalets dans le massif du Canigou, était transporté à la forge à dos d’homme ou avec des mulets. Il était grillé dans des fours pendant plusieurs jours, avant d’être transformé dans le foyer de la forge, chauffé avec du charbon de bois. Le feu était activé par une soufflerie originale constituée par une trompe à eau dite « trompe des Pyrénées ». Cet ingénieux appareil utilisait la force d’un jet d’eau pour produire de l’air comprimé. Le fer incandescent était battu par un marteau pilon mu par une roue à aube, « le martinet »
- Le métal, produit en petites quantités, était transformé sur place . Une grande partie de cette production était acheminée vers Perpignan ou vers Collioure et Marseille et exportée dans tout le bassin de la Méditerranée. Cependant pour produire ce métal, même en quantités modestes, il fallait beaucoup de bois puisque le combustible était le charbon de bois. Un mémoire de l’Académie des Sciences datant de la période du rattachement de Roussillon à la France en 1759, indique que pour 4 personnes employées à la forge, vingt autres étaient employées pour la production du charbon de bois. Bien souvent, en cette fin de XVIll ème la forge ne pouvait fonctionner par manque d’eau dans le torrent, inondation ou manque de charbon. Pourtant, le torrent, outre la forge, alimentait d’autres installations 2 moulins à farine, un moulin a foulon pour carder la laine. Il y avait en 1790 une petite industrie textile, un recensement de cette époque indique plusieurs tisserands et plusieurs pareurs (teinturiers).
L’exploitation industrielle des mines
- A la fin du XIX ème et au début du XX ème siècle la révolution industrielle amena une tentative d’exploitation industrielle des mines de fer. une société prenant la suite du dernier Maître de Forge Jacques PONS, entreprit, avec des moyens ultra modernes pour, l’époque(chemin de fer électrifié), l’exploitation intensive du minerai de fer aux mines de La Pinosa. La production traditionnelle du fer par la forge catalane fut abandonné. Le village connut un afflux de mineurs (404 habitants en l876, 409 en 1901). Pour des raisons de conjoncture, et en raison de des combats dans l’Est de la France, l’exploitation atteint son maximum pendant la guerre de 1914 1918. Mais la production du minerai sans possibilité de le traiter sur place par manque de houille, mettait le fer à un prix prohibitif. Il ne put supporter la concurrence des productions de l’Est de la France. Après la première guerre mondiale l’exploitation ralentit pour s’arrêter définitive ment en 1931.
Le déclin d’avant guerre –
Après l’arrêt des mines (1931), ce fut le déclin rapide, l’agriculture et l’élevage ne purent fixer la population. De nombreuses familles quittèrent le village pour aller dans les villes et villages de la plaine. En octobre 1940 des inondations catastrophiques emportèrent une grande partie des vergers et des terres labourables, 19 maisons du village furent détruites.
La guerre de 1939-1945
- Pendant la guerre de 1939 1945, ce petit village de montagne, considéré comme plus sur que les villes, servira d’asile à de nombreux réfugiés. A l’initiative de l’instituteur René HORTE et d’Abdon Robert CASSO, est créé un réseau d’évasion Franco-Belge, (Le réseau Sainte Jeanne) Plusieurs habitants sont arrêtes et déportés. A la fin de la guerre, peu avant la libération, les 1- 2 et 3 août 1944 les Allemands et les miliciens, furieux de n’avoir pu anéantir le Maquis Henri BARBUSSE (maquis composé de F.T.P. et de guérilleros espagnols ) qui s’était installé dans les bâtiments des mines de La Pinosa, pillent et incendient VALMANYA. La population, prévenue à temps, se réfugie dans la montagne échappant ainsi au massacre. Quatre habitants qui n’avaient pas fui sont torturés et assassinés. Le Capitaine PANCHOT, Chef du maquis, blessé pendant les combats, est torturé et fusillé. Pour son attitude pendant cette guerre, le secrétaire d’État aux Forces Armées Max LEJEUNE Cite à l’Ordre du Corps d’Armée VALMANYA, et lui attribue la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.
La reconstruction du village
- Des la fin des hostilités la machine bureaucratique se met en marche. Le ministère de la reconstruction fait exécuter par un urbaniste parisien un grand projet de reconstruction totalement utopique, Les crédits s’épuisant seules 25 maisons sur les 54 prévues furent reconstruites. Pas une seule grange ni étable ne furent réalisées. Beaucoup de sinistrés choisirent de reconstruire leurs maisons dans la plaine. Quelques tentatives d’exploitation minières ont été menées à partir de 1950,(baryte, minerais spéciaux etc… ) mais ces entreprises furent des échecs. L’agriculture et l’exploitation forestière se révélèrent incapable de fixer les jeunes dans la commune.





Période Contemporaine.
- En 1965, sous l’impulsion du Colonel CASSO, (qui deviendra plus tard le premier Général commandant la Brigade les Sapeurs Pompiers de Paris) est créé le centre de vacances, en rachetant de nombreuses maisons dans le village. Ce centre cesse de fonctionner en 1995 et les bâtiments sont vendus.
- Tirant partie de sa situation géographique et son environnement exceptionnel VALMANYA se tourne vers un tourisme vert, essentiellement familial. Le village connaît un certain renouveau surtout pendant la saison estivale et les vacances scolaires.

Les armoiries –
- Concédées par l’Abbé de Sant Miquel de Cuxa, Seigneur de VALMANYA, ces armes figurent en marge d’un acte de la fin du XVIII e siècle
- Les armes représentent la crosse abbatiale entourée des lys de France (après le rattachement à la France en 1659, l’Abbaye de San Miquel de Cuxa avait le titre d’Abbaye Royale) sur un fond de gueule, (rappelant que le Saint patron de VALMANYA, Saint Vincent, diacre, fut martyrisé à Saragosse en Espagne. )
- Les palmes qui entourent le blason symbole des martyrs, rappellent que VALMANYA est un village martyr incendié et détruit par les nazis en 1944.
- Pour fait de Résistance, VALMANYA, est titulaire d’une Citation à l’ordre du Corps d’Armée et de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil.
Définition héraldique –
De gueules à une crosse abbatiale d’argent accompagnée à dextre, à senestre et en chef d’une fleur de lys d’or.





